Cet article s’inspire d’une table ronde qui s’est tenue lors d’une conférence nationale d’églises en Allemagne, avec des pasteurs et des responsables d’Allemagne et de Singapour, parmi lesquels Johannes Justus (Elim Network, Allemagne) et Pastor How (Tan Seow How, Heart of God Church, Singapour).

1. La confiance, fondement de toute passation

Qu’il s’agisse de passer la main à un seul successeur ou d’un modèle où plusieurs responsables partagent la charge, la confiance en est le fondement. Les responsables plus âgés doivent avoir le courage de croire que la génération suivante est prête, et lui laisser la place de prendre des décisions.

L’une des leçons les plus importantes que j’ai apprises, c’est qu’on ne doit pas avoir peur de la génération suivante. Beaucoup de responsables hésitent à confier des responsabilités, parce qu’ils ont peur de perdre leur position ou leur influence. Mais c’est une mauvaise façon de penser. Si nous faisons confiance à la génération suivante et que nous l’encourageons, nous pouvons accomplir bien davantage que si nous gardons tout entre nos mains. Autre principe important : quand on est le responsable principal, il faut savoir reconnaître le moment de lâcher prise. Il ne faut pas s’accrocher trop longtemps. La passation ne devrait pas devenir une lutte de pouvoir, mais un passage de relais où les deux parties travaillent ensemble. (Johannes Justus, responsable de l’Elim Network)

À retenir pour les responsables plus âgés : fais confiance à la génération suivante, même quand elle fait des erreurs. La confiance construit un pont sur lequel la croissance et le changement deviennent possibles. Lâcher prise demande de l’humilité, mais c’est justement là que se trouve la clé d’une passation réussie.

À retenir pour les responsables plus jeunes : deviens un responsable digne de confiance, en ne te contentant pas d’adopter les valeurs de l’église, mais en les incarnant. Montre à tes mentors qu’ils ont en toi quelqu’un à qui ils peuvent passer le relais l’esprit tranquille.

2. Reconnaître le bon moment et lâcher prise

Johannes Justus a parlé ouvertement de la douleur et de la difficulté de lâcher prise : Il y a eu beaucoup de moments où je me suis demandé si j’étais vraiment prêt à lâcher prise. Surtout quand je voyais que les choses se faisaient autrement que ce dont j’avais l’habitude. Ce n’est pas toujours facile. Un moment a été particulièrement douloureux, celui où Dieu m’a parlé et m’a dit : « Si tu ne me donnes pas l’église, je te l’enlèverai. » Ça a été un moment très dur pour moi. Je voulais voir les fruits de mon travail, achever le bâtiment que nous avions prévu. Mais Dieu m’a fait comprendre que ce n’était pas mon église : c’est la sienne. Et si je n’étais pas prêt à lâcher prise, j’allais perdre l’église. Ça m’a beaucoup ébranlé, mais ça m’a aussi aidé à vraiment lâcher prise et à passer le relais.

Cet épisode montre combien il est urgent de reconnaître le bon moment pour passer la main. Hésiter ou s’accrocher peut compliquer la passation, et même la faire échouer. Le moment où un responsable passe le relais ne devrait pas être dicté par une pression extérieure, mais par la disposition à faire confiance à Dieu dans ce processus.

À retenir pour les responsables plus âgés : il faut être sensible à la conduite de Dieu pour reconnaître le moment où l’on doit passer le relais. Johannes l’a bien formulé : « La passation ne devrait pas devenir une lutte de pouvoir. » Elle devrait plutôt être la suite naturelle de la vision de Dieu.

À retenir pour les responsables plus jeunes : sois prêt à assumer cette responsabilité quand le moment sera venu. Cela peut paraître intimidant, mais Dieu t’a appelé et équipé, toi aussi.

3. Endosser de nouveaux rôles

Le rôle d’un responsable n’est jamais une position de pouvoir, mais toujours une position de service. Johannes comme Pastor How ont rappelé que l’essentiel est d’aider la génération suivante à réussir, et non de mettre en avant sa propre réussite.

À retenir pour les responsables plus âgés : développe un cœur de serviteur. Dans la passation, ton rôle est de monter la scène pour les autres, comme mentor et soutien. Johannes l’a dit ainsi : « Désormais, je n’ai pas besoin de tout faire moi-même : je peux encourager les jeunes responsables et les aider à accomplir leurs tâches. Cela me donne aussi la liberté de faire des choses nouvelles et de relever de nouveaux défis, que je n’aurais peut-être pas pu entreprendre avant. J’ai appris que, dans le royaume de Dieu, il ne s’agit pas seulement de diriger de façon visible, mais aussi de servir de façon invisible, en coulisses. Cela m’a donné un nouveau regard sur mon ministère. »

À retenir pour les responsables plus jeunes : sois patient avec toi-même. Prends le temps qu’il faut pour la passation et pour trouver ton rôle. Michael Mierich l’a dit ainsi : « Parfois, j’ai vraiment l’impression de marcher sur l’eau. Mais j’ai appris à faire confiance à Dieu et à être patient. Je sais qu’il connaît le bon moment, et je me suis fait à l’idée que c’est un processus. Ce n’est pas facile, mais je sais que ça vaut la peine d’être fidèle. »

4. Bâtir une équipe de responsables

Pastor How a apporté un regard nouveau sur la passation, en parlant non pas d’une seule personne qui reprend le relais, mais d’une équipe de responsables qui avance ensemble : « Je trouve que l’image du témoin que l’on se passe n’est pas complète. Dans une course de relais, le premier coureur s’arrête de courir avant que le suivant ne parte. Cela veut dire qu’à chaque instant, il n’y a qu’un seul coureur sur la piste. Mais dans une église, nous avons besoin de plus d’un responsable qui court. Nous avons besoin d’une équipe qui court en même temps. C’est pourquoi je préfère l’image de plusieurs coureurs qui sont ensemble sur la piste. Dans notre église, nous ne sommes pas un seul pasteur principal qui passe le relais : nous sommes une équipe de pasteurs principaux qui portent la responsabilité en même temps. Chacun de nous a son propre rôle et ses propres dons, et ensemble, nous pouvons accomplir bien davantage qu’une personne seule. »

À retenir pour les responsables plus âgés : réfléchis à la manière dont tu peux bâtir une équipe de direction qui porte la responsabilité ensemble. Cela évite de faire peser toute la pression sur un seul successeur et crée une équipe qui collabore.

Optimise la force des trois générations. Vidéo de Pastor How (en anglais).

À retenir pour les responsables plus jeunes : sois prêt à travailler en équipe. Même si tu es le successeur désigné, cela ne veut pas dire que tu dois tout faire seul. Appuie-toi sur les forces des autres et crée un environnement qui favorise une direction partagée.

5. Savoir quand se taire

L’une des leçons les plus encourageantes, et en même temps les plus exigeantes, de la table ronde est venue de Pastor How, quand il a dit : « Parfois, le mieux, c’est simplement de se taire. » Quand on est un responsable plus âgé, il peut être difficile de garder le silence en voyant la jeune génération prendre des décisions autrement qu’on ne l’aurait fait soi-même. Mais cela fait justement partie du processus de croissance. Pastor How a expliqué : « Parfois, je suis assis au culte et je me dis que la musique n’est pas à mon goût. Mais les jeunes adorent, et ça marche. Alors je les laisse faire. »

À retenir pour les responsables plus âgés : il est important de savoir s’effacer et de laisser aux responsables plus jeunes la liberté de prendre leurs propres décisions, même si cela veut dire qu’ils feront des erreurs. Ces erreurs sont des occasions d’apprendre, et tant que les valeurs et les principes fondamentaux restent intacts, il est essentiel de ne pas freiner le développement des nouveaux responsables.

Oui, c’est vraiment important qu’en tant que génération plus âgée, nous n’intervenions pas sans cesse. Si les jeunes responsables ont les mêmes valeurs et le même fondement que nous, alors nous pouvons leur faire confiance. Bien sûr, ils feront parfois les choses autrement que nous. Mais ce n’est pas grave. Nous ne devons pas oublier que nous aussi, nous avons eu notre temps pour apprendre et grandir. Maintenant, leur temps est venu, et nous devons leur laisser la place de porter cette responsabilité. (Pastor How, pasteur de la Heart of God Church à Singapour)

À retenir pour les responsables plus jeunes : sois reconnaissant pour la liberté qu’on te donne, et utilise-la avec sagesse. Même quand tu fais des erreurs, saisis-les comme une occasion d’apprendre et de grandir. Sois assez humble pour reconnaître tes faiblesses et accepter d’être corrigé.

6. Reconnaître le Saint-Esprit comme guide du processus

Un aspect essentiel a traversé toute la discussion : la dépendance à l’égard du Saint-Esprit à chaque étape de la passation. Pastor How a dit : « Sans le Saint-Esprit, il sera difficile de préserver l’unité. » Cette dépendance envers la conduite de Dieu aide les responsables, plus âgés comme plus jeunes, à prendre les bonnes décisions au bon moment.

À retenir pour les deux générations : faites confiance au Saint-Esprit. Quelle que soit la qualité de vos structures ou de vos plans, en fin de compte, c’est le Saint-Esprit qui doit conduire le processus. Prenez le temps de prier les uns avec les autres et les uns pour les autres, et de rechercher la sagesse du Saint-Esprit.

Mon message à la génération suivante, c’est : soyez courageux et ayez l’assurance que Dieu vous a appelés. Il y aura toujours des défis et des incertitudes, mais vous n’êtes pas seuls. Le Saint-Esprit est avec vous, et il vous conduira. Ayez le courage d’emprunter de nouveaux chemins et de déployer pleinement votre potentiel. Et n’oubliez pas : il ne s’agit pas de vous, mais du royaume de Dieu. Si vous gardez cela dans votre cœur, Dieu vous bénira et vous donnera de réussir. (Pastor How)

Version française : octobre 2026