La génération Alpha (les enfants et les jeunes nés à partir de 2010) retient de plus en plus l’attention du monde de l’éducation, du travail auprès des jeunes et des églises. Alors que les plus âgés de cette génération sont désormais ados, la recherche montre un changement profond par rapport aux générations de jeunes précédentes. Le chercheur américain Brad M. Griffin, spécialiste de la jeunesse, résume dans un article du Fuller Youth Institute quatre constats clés tirés d’une nouvelle enquête menée auprès de près de 3 000 ados, des constats très pertinents aussi pour les pays germanophones.

1. Personne n’en parle, et pourtant elle est partout : la pandémie

La génération Alpha est la première génération à grandir entièrement dans un monde post-pandémique. Étonnamment, 75 % des jeunes interrogés par le Fuller Youth Institute disent ne presque jamais parler de la pandémie, alors que plus de la moitié disent qu’elle continue d’influencer régulièrement leur vie.

Ce paradoxe apparent s’observe aussi dans les pays germanophones. Des études allemandes comme le Deutsches Schulbarometer montrent des retards d’apprentissage, des difficultés psychosociales et une hausse de l’absentéisme scolaire, mais aussi une certaine « lassitude de la pandémie » dans le discours public. Les jeunes en ressentent les effets, mais n’ont souvent ni les mots ni les espaces pour réfléchir à ce qu’ils ont vécu.

Pour les écoles, le travail auprès des jeunes et les églises, cela veut dire :
Il ne s’agit pas de parler sans cesse de la pandémie, mais d’ouvrir des conversations sur l’incertitude, les peurs face à l’avenir et les tensions dans la société, qui sont nées indirectement de cette période. L’incertitude est la nouvelle norme, et le responsable jeunesse qui brise la glace et partage ouvertement ses propres questions gagne la confiance des ados. En même temps, il s’agit d’accompagner les jeunes dans leurs difficultés de santé mentale, de façon concrète, au quotidien.

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Les responsables jeunesse et les parents doivent se pencher sur les questions de santé mentale et apprendre à accompagner leurs ados au quotidien, comme une sorte de « coach du cerveau ».

2. On n’est jamais aussi bien que chez soi

L’un des constats les plus importants de l’étude Fuller aux États-Unis : pour beaucoup de jeunes, la maison est le lieu le plus important pour le sentiment d’appartenance, la confiance et la construction de l’identité. Même les jeunes de 16 ans s’y sentent mieux que nulle part ailleurs.

Dans les pays germanophones aussi, des études comme la Shell Jugendstudie, une grande enquête allemande sur la jeunesse, montrent que la famille est de nouveau davantage perçue comme un ancrage émotionnel, surtout dans les périodes où la société est déstabilisée.

En même temps, les espaces numériques prennent de plus en plus d’importance : car la maison, c’est aussi l’endroit où les ados passent énormément de temps seuls devant un écran, que ce soit sur leur smartphone, sur la PlayStation ou devant YouTube et Netflix à la télé. Et cela alors que les enfants de 8 à 12 ans joueraient beaucoup plus dehors avec des enfants de leur âge, si seulement leurs parents les laissaient faire (selon un sondage Harris Poll). En réalité, la dynamique est tout autre : la plupart des enfants ont un agenda rempli d’activités encadrées et, le reste du temps, leur smartphone. Ni risque ni plaisir en dehors de cette machine à dopamine bon marché qu’est l’« écran ». Le magazine The Atlantic écrit :

« Va jouer dehors » a discrètement été remplacé par « Va jouer en ligne ».

Dans les contextes éducatifs et ecclésiaux, cela crée une tension :
D’un côté, il s’agit de soutenir les parents et les familles ; de l’autre, les jeunes ont besoin, en dehors de la maison familiale, d’espaces de relation hors écran où ils peuvent jouer librement et faire leurs propres expériences, sans être jugés. Le travail d’équipe est indispensable, et les formations au travail avec les parents vont avoir le vent en poupe.

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Le travail auprès des jeunes devient un travail auprès des parents : pas de retour en arrière possible, pas de chemin plus facile, pas d’excuse.

3. S’il te plaît, ne me juge pas

Un résultat particulièrement frappant de l’étude Fuller : les jeunes souhaitent être moins jugés par les adultes. Quand on leur demande ce qui rend un adulte digne de confiance, ils citent surtout :

« Ils m’écoutent sans me juger. »
« Ils respectent mon point de vue, même quand ils ne sont pas d’accord. »
« Ils tiennent leurs promesses. »

Cette attitude est bien connue aussi dans le débat sur la jeunesse dans les pays germanophones. Beaucoup de jeunes perçoivent les institutions (l’école, l’Église, la politique) comme moralisatrices, normatives et peu ouvertes au dialogue. Sur les questions d’identité, de performance, de crise climatique ou de foi en particulier, ils sont très sensibles aux jugements hâtifs.

Fait marquant : 40 % des ados souhaitent expressément avoir un adulte de référence ou un mentor avec qui parler régulièrement des questions de la vie et de la foi, écrit Griffin. Ce qui compte, selon lui, ce n’est pas l’expertise, mais la qualité de la relation, l’authenticité et un intérêt sincère. Mais comment s’entraîner à une communication vraiment libre de toute étiquette, de tout sous-entendu et de tout soupçon ? Justement, quand on connaît bien ses loustics et qu’on les aime, on a aussi envie de les recadrer de temps en temps, et pas seulement de les encourager. Les adultes sont ici appelés à poser des questions ouvertes et à apprendre à bien écouter.

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Les formations à l’accompagnement pastoral, au mentorat et à la communication feront bientôt partie du CV type des parents et des responsables jeunesse de la génération Alpha.

4. Ouverts à la foi, malgré leur distance avec la religion

Contrairement à une idée répandue, l’étude du Fuller Youth Institute montre une ouverture surprenante : seuls 12 % des ados interrogés rejettent catégoriquement la religion ou la foi. Même parmi les jeunes sans appartenance religieuse, bien plus de la moitié disent être en principe ouverts aux questions de foi.

Dans les pays germanophones, en revanche, l’attachement à l’Église en tant qu’institution continue de baisser, mais des études comme Religiosität in der pluralen Gesellschaft (une enquête de l’EKD, la fédération des Églises protestantes d’Allemagne) montrent que les questions spirituelles restent importantes, mais qu’elles se vivent de façon individuelle, fragmentaire et souvent en dehors des institutions religieuses traditionnelles.

Seule une toute petite partie des ados cite des expériences religieuses négatives ou des traumatismes religieux pour expliquer leur distance. Il s’agit plus souvent du manque de connaissances, de l’absence de points de contact ou de l’incertitude : par où et comment commencer ? Ajoutée au désir qu’ont tous les jeunes d’être vus et de faire partie d’une communauté, cette incertitude est le meilleur terrain pour qu’ils se laissent aborder et inviter. Encore faut-il que quelqu’un ose faire le premier pas et prenne la peine d’aller vers les autres ! Savoir que cette ouverture est générale peut aider les ados croyants à ne pas garder leur foi pour eux. Au contraire. S’ils n’ouvrent pas la bouche, leurs amis trouvent le chemin de la foi par d’autres moyens et viennent ensuite leur reprocher de ne pas leur en avoir parlé plus clairement (c’est déjà arrivé).

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C’est maintenant le moment, pour les adultes, de parler de la foi avec les ados, encore et encore, au quotidien. Et c’est le moment des événements d’évangélisation pour ados, des cultes de jeunes et des parcours Alpha Jeunes.

Ce que cela implique pour l’éducation, le travail auprès des jeunes et l’Église

Les résultats laissent penser que la génération Alpha cherche moins des réponses toutes faites que des relations profondes. Pour les pays germanophones, plusieurs pistes d’action en découlent :

  • Créer des espaces où les jeunes peuvent parler sans pression de réussite et sans devoir afficher une conviction
  • Former les adultes à être des interlocuteurs qui écoutent et accompagnent à la manière d’un coach
  • Prendre au sérieux la famille comme lieu important d’éducation et de foi, sans négliger les espaces de rencontre à l’extérieur
  • Comprendre la foi non pas d’abord comme un système, mais comme une quête ouverte

La génération Alpha n’est ni indifférente ni hostile. Elle est prudente, elle observe, et elle cherche du sens dans un monde complexe. Pour l’atteindre, il faut avant tout une chose : d’abord comprendre, ensuite accompagner.


Sources

Version française : octobre 2026